Le temps est venu de laisser le choix aux fermiers et aux consommateurs

Cette lettre à la rédaction a été publiée dans The Recorder and Times (Brockville, Ontario) le 30 novembre 2006

Objet : De plus en plus difficile de manger santé avec la montée en flèche du prix des aliments (18 novembre).

Comme exploitant d’une ferme familiale, j’ai la possibilité et le désir d’offrir à tous les consommateurs un produit sain à un prix abordable. Mais on m’en refuse le droit ! Le droit de produire des denrées agricoles comme le lait et les œufs est contrôlé par un système de gestion de l’offre. Au moment de la mise en vigueur du système, autant le fermier que le consommateur y trouvaient leur compte : un prix raisonnable pour le consommateur et un rendement équitable pour le fermier. Toutefois, ce système brime aujourd’hui l’un des droits de la personne les plus fondamentaux et aliène les consommateurs les plus vulnérables : les petits salariés et les chômeurs.

Pour en arriver à une solution, examinons pourquoi le prix à payer pour le droit de produire certaines denrées agricoles est si élevé.

Tout d’abord, parlons de la question des redevances. Actuellement, un producteur d’œufs doit payer 35 cents au regroupement des producteurs d’œufs de l’Ontario pour chaque douzaine d’œufs mise sur le marché. Cet argent est utilisé pour financer leur entreprise et non pour la production proprement dite.

Le deuxième et plus important élément à considérer, le coût du quota. Un quota n’est tout simplement qu’un morceau de papier stipulant qu’un fermier a le droit de produire une certaine quantité d’un produit. Ce document n’appartient pas à l’exploitant mais est plutôt la propriété de l’office de commercialisation. Le prix actuel de ce droit de production est d’environ 145 $ par pondeuse ou 30 000 $ le kilo de lait (ou vache laitière).
  De plus, chaque année, les exploitants abandonnant l’industrie vendent leur quota. une somme qui représente 300 millions $. Ce sont donc les exploitants qui restent en affaires (et les consommateurs) qui en font les frais. Mais au bout du compte, c’est le consommateur qui sera le plus touché par ces coûts exorbitants puisque le prix au détail à la hausse en sera la conséquence. Une hausse du prix des quotas entraîne automatiquement une hausse du prix du produit. Afin d’éviter cette situation, les fermiers devraient disposer de plus d’un choix de commercialisation.

À l’origine, bien que le système ait été élaboré pour appuyer la ferme familiale, le plan de marketing des différents offices de commercialisation est totalement dépassé et devrait être remanié. Quelle entreprise utiliserait une stratégie de marketing vieille de 40 ans ? Les producteurs et les consommateurs doivent avoir le choix ! En tant que distributeur de produits agricoles, j’ai pu constater moi-même les répercussions des hausses continuelles des prix. La CCL (Commission canadienne du lait) a plusieurs fois décrété des hausses du prix du lait depuis quelques années. Conséquemment, la demande de ma clientèle a régressé et n’est jamais revenue au niveau de demande précédent. L’un de mes clients m’a un jour mentionné que 90 pour cent de la clientèle des restaurants désirent commander du lait plutôt qu’une boisson gazeuse. Mais le prix du lait doit demeurer concurrentiel, sinon ils ne peuvent plus se permettre de faire un choix santé !

Que peut-on faire ? À titre de consommateur, on peut certainement demander au gouvernement de redonner aux fermiers le choix d’offrir des produits santé à des prix abordables afin que l’on puisse tous en profiter. Et à titre de producteur, on peut certainement accélérer le mouvement et faire les changements qui s’imposent. Vos voisins de la ville vous remercieront en augmentant leurs demandes pour vos produits. Finalement, comme exploitant agricole, on peut certainement cesser de protéger une industrie et aider notre prochain dans le besoin.

Shawn Carmichael
Shanly
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